Musique du monde/ethnomusicologie

*** Nouvelle conférence***

Du studio d’enregistrement comme laboratoire expérimental à la réalité virtuelle et l’ethnographie « immersive » : quel(s) futur(s) pour l’ethnomusicologie?
Ons Barnat, chercheur postdoctoral 

Enregistrer sa musique est aujourd’hui devenu, grâce à la miniaturisation et la diffusion de matériel d’enregistrement (ordinateurs portables, enregistreurs numériques…), un phénomène social qui s’est répandu aux quatre coins de la planète – et la recherche sur les nouvelles pratiques en studio apparaît de ce fait comme un champ émergeant en ethnomusicologie (Meintjes 2003; Greene 2005; Moehn 2005, 2012; Neuenfeldt 2005, 2007; Bates 2008, 2010; Bayley 2009 ; Scales 2012 ; Barnat 2013). À partir des conclusions tirées de notre thèse (consacrée à l’étude du phénomène de l’enregistrement en studio de la paranda garifuna en Amérique centrale), cette conférence présentera les avancées de notre projet de recherche postdoctorale, le Music Legacy Project (www.musiclegacyproject.com). Ce projet novateur mêle ethnomusicologie patrimoniale et utilisation d’une technologie de collecte audiovisuelle à 360° destinée à la réalité virtuelle (visiocasques de type Oculus Rift, mais aussi tablettes interactives, sites internet à 360°, etc…).

En plongeant l’observateur au centre d’une expérience se voulant « immersive », cette technologie offre de nouvelles façons de penser la relation entre observant et observé. Que fait-on alors de la position du chercheur? De celle des musiciens? Comment mesurer les choix des artistes dans l’analyse des données? Comment gérer la mise en marché d’un tel contenu? Du côté de la recherche en ethnomusicologie, comment ce nouvel outil pourrait-il influencer notre façon de faire de l’ethnographie musicale? Pourrait-on parler d’ethnographie « immersive » et, si oui, quels en seraient les impacts? Après un tour d’horizon des recherches sur la spatialisation sonore dans la réalité virtuelle – ce qui nous permettra d’estimer le rôle de l’enregistrement audionumérique dans la « restitution » en réalité virtuelle – cette conférence abordera certaines des problématiques méthodologiques, éthiques et épistémologiques soulevées par l’utilisation d’un tel dispositif, au demeurant expérimental.


Démystifier les musiques du monde
Bruno Deschênes, ethnomusicologue, musicien, journaliste spécialisé en musiques du monde

L’expression musiques du monde est sur toutes les lèvres, mais savons-nous de quoi nous parlons. D’une part, cette expression cherche à distinguer, surtout à marginaliser toute musique qui se distingue des musiques européennes ; d’autre part, elle est devenue un fourre-tout dans lequel on y place toute musique dont nous ne savons pas quoi dire ou quoi faire. Cette conférence tentera de démystifier ce que sont les musiques du monde, en présentant les fausses conceptions et les préjugés que nous en avons, surtout dans les médias, chez les diffuseurs ainsi que dans le grand public.


Le mythe du Japon zen
Bruno Deschênes, ethnomusicologue

L’image orientaliste que l’Occident se fait du Japon est que la pensée de cette culture est zen. Ce mythe n’est pas entièrement faux, mais il est quand même erroné. Cette conférence trace les origines du bouddhisme et du zen qui a fait son apparition au Japon au XIIe siècle, attirant l’attention de la classe des samouraïs et des artistes. La pensée zen a surtout influencé les arts traditionnels japonais, mais pas nécessairement la pensée même de cette culture. D’une part, le zen a subi une largement influence du taoïsme en Chine et, d’autre part, son acceptation est lié au fait qu’il a dû se conformer à la pensée de l’époque, soit la pensée shintoïste, la religion native du Japon. Je tracerai l’historique de ce mythe orientaliste en Occident et montrerai comment ce mythe détermine la vision que nous nous faisons de la musique japonaise, surtout du répertoire solo pour shakuhachi, la flûte de bambou japonaise qui a été l’apanage d’une secte de moine bouddiste zen pendant plus de 450 ans.


L’exotisme dans la musique occidentale
Federico Lazzaro, musicologue

 Jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle, la conception européenne de l’Orient était celle de Verlaine « tout enfant » : ensuite, les explorations scientifiques commencèrent à relativiser le charme des ces pays rêvés plutôt que connus, et les artistes puisèrent aux traditions jusqu’à ce moment inconnues pour renouveler leur propre langage, « sans [se] résigner par trop cependant » et continuant à idéaliser les « orientaux ». La conférence vise à tracer une histoire de l’exotisme en musique des Indes galantes de Jean-Philippe Rameau à Toru Takemitsu.


Introduction aux musiques arabes
Katia Makdissi-Warren, compositrice

Le terme « musique arabe » englobe plusieurs styles musicaux propre à chacun des pays arabes. Chaque pays et région possèdent d’autres subdivisions esthétiques. Du côté profane, on retrouve des musiques classique, folklorique, populaire et autres. Quant à la musique sacrée, diverses communautés religieuses présentent des caractéristiques musicale qui lui sont propres : Juifs Séfarades, Chrétiens (Maronites, Melkites, Chaldéens, Syriaques orthodoxes et catholiques…) et les Musulmans (Alaouites, Chiites, Sunnites, Ismaélites). Malgré cette diversité, toutes ces musiques présentent des analogies. De la mélodie au rythme en passant par l’ornementation, nous retracerons des parcelles de ce fil conducteur qui exprime la richesse de cette tradition.


L’art du tabla solo dans la tradition de Bénarès (Varanasi)
Shawn Mativetsky, musicien

Le tabla est l’instrument de percussion le plus populaire en Inde. Des styles distincts ont été développés dans différentes régions, auxquels nous faisons référence aujourd’hui comme les six principaux gharanas de tabla : Punjab, Delhi, Ajrada, Farukhabad, Lucknow et Bénarès. Dans la tradition de Bénarès, l’art du solo de tabla est très développé et très respecté. Il y a plus d’une vingtaine de formes de composition en usage; certaines sont constituées de thèmes et variations qui nécessitent une improvisation spontanée de l’interprète tandis que plusieurs autres mettent en jeu des techniques de composition fixe avec des pièces qui se transmettent de génération en génération. Dans cette conférence, Shawn Mativetsky nous présentera l’histoire riche du gharana de Bénarès et son répertoire (joué « live », bien sûr), les mettant en contexte par rapport à la structure globale du solo et la pratique traditionnelle, dans le but d’aider les auditeurs à mieux comprendre et à mieux apprécier l’art du tabla solo.


Introduction à la musique classique du nord de l’Inde
Shawn Mativetsky, musicien

Shawn Mativetsky, interprète et pédagogue, spécialiste du tabla indien, présentera une conférence sur la musique classique de l’Inde du Nord. La musique classique indienne est un art subtil et raffiné basé sur une riche tradition d’improvisation. Nous discuterons de la théorie musicale, fondée sur les concepts de raag (mélodie) et taal (rythme); les  instruments de la tradition indienne tels que le sitar, le tabla, le bansuri, le santoor et la voix; et des détails qui aideront à mieux apprécier cette musique extraordinaire.


*** Nouvelle conférence***

Introduction aux musiques des îles créoles de l’Océan indien
(Mascareignes et Seychelles)
Marie-Christine Parent, ethnomusicologue

Cette conférence propose une présentation des différentes musiques propres aux îles créoles de l’océan Indien. Un retour sur l’histoire coloniale et postcoloniale de ces îles permettra de mieux comprendre le développement et l’évolution des différentes pratiques musicales, dans leurs contextes socio-historiques et politiques. Nous porterons une attention particulière aux Seychelles, en comparant les musiques de cet archipels à celles des îles voisines.

Les sociétés créoles se sont construites autour d’un système esclavagiste de plantation, pendant lequel maîtres et esclaves se côtoyaient à différents degrés, et auquel se sont ajoutés avec le temps des travailleurs provenant principalement d’Afrique, d’Europe et d’Asie. Ces sociétés ont développé certains traits culturels, dont les langues créoles et certaines formes d’expression – y compris les pratiques musicales – semblables d’une île à l’autre, mais dont la singularité ne peut en aucun cas être reniée. Celle-ci se veut d’ailleurs souvent un élément de revendication identitaire très fort.

Qu’est-ce qui caractérise les musiques de la zone océan Indien? En quoi diffèrent-elles d’une île à l’autre et pourquoi ? Sont-elles semblables ou différentes des musiques d’autres îles créoles, comme les Antilles ou les Caraïbes ? En tentant de répondre à ces questions, nous apporterons des éléments de réflexion sur les liens entre musique et société, ainsi que sur les processus de « créolisation » des musiques dans ces îles.

À travers des extraits musicaux (audio et audio-vidéos) provenant d’enregistrements commerciaux ou encore d’enregistrements inédits de terrain, nous découvrirons l’univers et les préoccupations sociales de ces insulaires créoles à différentes périodes de l’histoire et dans différents contextes contemporains. Possibilité de faire un court atelier de danse (sega)


Démystifier la démarche de recherche en ethnomusicologie
Marie-Christine Parent, ethnomusicologue

Il est acquis que les savoirs, théories et concepts nés de l’ethnomusicologie peuvent trouver des applications en dehors de l’académie, notamment dans des projets d’éducation, de diffusion ou de création. En sens inverse, les méthodologies que la discipline ethnomusicologique utilise peuvent fournir des outils conceptuels aux médiateurs culturels et aux créateurs.

Cette présentation vise d’abord à démystifier la démarche ethnomusicologique en s’attardant aux notions de « terrain » et de « rencontres », accordant ainsi une place essentielle aux individus, et parfois aussi aux institutions, dans les processus de construction des connaissances en musique. L’ethnomusicologue travaillant souvent avec la tradition orale ou encore dans une culture autre que la sienne, nous verrons également quelques méthodes et outils théoriques utilisés dans ces contextes. Au-delà de l’observation participante, des approches telles que le partenariat, la collaboration, l’implication et l’engagement seront abordées et expliquées d’un point de vue ethnomusicologique. Les conditions de terrain et de recherche actuelles poussent souvent le chercheur à devenir un acteur à part entière de sa recherche en vue de susciter une réflexion, de produire des connaissances, voire d’apporter un soutien ou un renouveau dans et par les pratiques musicales. Dans cette perspective, l’ethnomusicologue-chercheur est souvent amené à adopter une posture réflexive et à réfléchir aux enjeux éthiques de sa démarche de recherche. Des épisodes tirés de mon propre terrain de recherche doctorale aux Seychelles (océan Indien) viendront fournir quelques exemples pour illustrer l’ensemble de mes propos.


*** Nouvelle conférence***

De « musiques traditionnelles » à « musiques touristiques » : Percevoir l’« authenticité » autrement. L’exemple des Seychelles (océan Indien)
Marie-Christine Parent, ethnomusicologue

 L’archipel des Seychelles, dans l’océan Indien, est reconnu pour ses plages de sable blanc et sa végétation luxuriante. L’industrie touristique y représente aujourd’hui le premier pilier économique du pays et constitue la principale source de revenus des musiciens et artistes seychellois. De plus, la rareté des événements et espaces de diffusion dans le pays, ainsi que certaines contraintes sociopolitiques, font de la scène touristique un lieu d’expression privilégié pour les artistes. Quel est donc l’influence de ce contexte sur la production musicale seychelloise? Cette mise en tourisme des traditions musicales appauvrit-elle le patrimoine musical ou, au contraire, fournit-elle un espace de création et de transmission de ces musiques ?

Si les anthropologues ont longtemps exprimé des inquiétudes face aux effets (négatifs) du tourisme sur les cultures locales, des recherches plus récentes ont aussi démontré que le tourisme culturel peut dans certains cas devenir un vecteur de préservation identitaire. Plusieurs ethnomusicologues, dont je fais partie, considèrent aujourd’hui la relation entre musique et tourisme comme révélatrice d’identités culturelles (Desroches 2011), de dynamiques sociales et de relations de pouvoir (Rommen & Neely 2014).

Le cas des musiques seychelloises sera examiné à partir d’une recherche qui s’est déroulée sur le terrain entre 2011 et 2014. D’autres données et résultats de recherche portant sur des « musiques touristiques » seront sollicités afin d’appuyer certains arguments ou à titre de comparaisons. Des exemples vidéos viendront compléter cette présentation.

À partir de l’exemple seychellois, une réflexion sera amorcée quant à la mise en scène des musiques de tradition non occidentale, le développement de « nouvelles musiques traditionnelles », le statut des musiciens, ainsi que les questions d’authenticité et d’exotisme dans ces musiques, de manière à fournir des pistes de compréhension, d’appréciation et d’écoute au public.


Les musiques juives, entre espaces religieux et profane
Jessica Roda, ethnomusicologue

Cette conférence a pour objectif de montrer la complexité du monde musical juif et de proposer une définition de ce que l’on désigne comme étant les « musiques juives ». Mettant l’accent tant sur l’aspect diachronique que synchronique des pratiques musicales qui englobent cet univers, je montrerai par le biais de la musique que le contact entre diverses populations a toujours eu lieu et qu’ainsi la plupart des cultures se construisent en influençant d’autres tout en étant influencées.

Mon propos s’organisera en trois parties : 1) Vous avez dit « musiques juives »  ? 2) Le judaïsme et la musique : des Patriarches aux diasporas. 3) Les Juifs et la musique, ou la construction du patrimoine musical judéo-espagnol.


Bossa-Nova, un mouvement et un genre musical
André Rodrigues, musicologue et guitariste

À partir des enregistrements marquant de l’histoire de la musique brésilienne en commençant en 1916 avec le samba Pelo Telefone (À travers le téléphone) de Donga pour aboutir en 1959 avec l’album Chega de Saudade, de Joao Gilberto, cette conférence nous plongera au cœur de l’évolution de la musique populaire brésilienne. En partant d’une perspective historique, le guitariste et musicologue André Rodrigues – spécialiste des musiques populaires et traditionnelles brésiliennes et finaliste au prix Opus de concert de l’année 2012-2013 dans la catégorie musique de monde – proposera un panorama des musiques nationales brésiliennes de l’axe Sao Paulo – Rio de Janeiro entre la première guerre mondiale et la construction de la nouvelle capitale, Brasilia, en 1960, en passant par le régime dictatorial de Getulio Vargas (1930-1945). On découvrira notamment que la politique d’échange culturel avec le gouvernement des États-Unis, l’industrialisation et la fortification d’une classe moyenne dans la période en question ont eu un impact prépondérant sur les pratiques musicales. Cette communication permettra au public d’en apprendre davantage sur l’un des genres musicaux les plus appréciés, joués et vendus au monde.

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