Interprétation musicale

*** Nouvelle conférence***

La création d’une interprétation musicale :
au cœur du travail artistique des musiciens
Isabelle Héroux, guitariste et pédagogue, professeure à l’UQAM

L’atmosphère qui se dégage d’une interprétation musicale, la manière de retenir ou d’accélérer le tempo, le choix des timbres et la réalisation des nuances, sont issus d’un processus de création qui apparait bien souvent mystérieux. En effet, par quelle magie une même œuvre, par exemple un Prélude de Chopin, jouée par différents musiciens, peut-elle donner lieu à des résultats si divers alors que la partition reste la même et que l’interprétation doit répondre à des codes stylistiques bien établis? Dans quelle mesure le musicien doit-il s’efforcer de reproduire le plus fidèlement la partition et l’idée musicale du compositeur ou développer une interprétation plus personnelle?de la musique ?

Cette conférence démystifie le processus de création d’une interprétation par des musiciens experts qui va au-delà du travail mécanique de gestes précis et efficaces. Elle s’attarde sur les étapes de répétition (Chaffin et al, 2003), le rôle de la partition et de l’imagination, l’importance des techniques de jeu et des gestes instrumentaux dans le travail de l’expressivité d’une œuvre (Héroux-Fortier 2014, Héroux, 2015). Elle démontre dans quelle mesure l’interprétation de la musique dite classique s’appuie sur une tradition écrite, représentée entre autres par la partition, mais aussi orale (Hastings, 2006) transmise par l’enseignement, les concerts et les enregistrements. Ainsi l’appropriation artistique d’une œuvre est caractérisée par une quête d’authenticité (Taruskin, 1995) qui repose sur les valeurs et les objectifs propres à chaque musicien, en lien avec le contexte et l’utilisation de stratégies de travail spécifiques dans lesquelles l’imagination joue un grand rôle (Héroux, 2015).

Cette présentation est accompagnée d’extraits audio et vidéo et, pour un public non musicien, d’exemples à la guitare donnés par la conférencière.


 L’impact du développement de l’imaginaire sur l’appropriation artistique du Sacre du printemps, dans la version pour piano à quatre mains de l’œuvre – Interprétation et création
Hourshid Afrakhteh, pianiste et doctorante en études et pratiques des arts

En faisant une distinction nette entre un discours scientifique, conceptuel et atemporel sur la musique (Parrott, DaCosta, & Latham, 2014), la question de l’expérience privée du musicien-interprète a été occultée dans le courant principal de la musicologie (Guck, 1997; Imberty, 2001; Maus, 1993). Ce regard « scientifique » et impersonnel a éloigné les chercheurs de la dimension sensible de la musique. De ce fait, peu de recherche se sont intéressées à l’étude de la subjectivité de musicien-interprète professionnel et le processus créatif qu’il entreprend pour s’approprier l’interprétation d’une œuvre musicale (Héroux et Fortier, 2013, 2015 à paraître; Hench, 2011; Y. Hastings, 2006).

Cette communication présente une recherche effectuée sur l’impact du développement de l’imaginaire dans le travail de l’interprétation d’une œuvre musicale. L’objet de l’étude est l’expérience subjective de l’interprète lors des séances de répétition individuelles ainsi qu’en duo, dans le travail d’interprétation du Sacre du printemps de Stravinsky dans sa version pour piano à quatre mains, en vue de sa présentation en concert. La recherche fait état d’une démarche expérimentale délibérée de stimulation de l’imaginaire et de recourt à des éléments extramusicaux (Héroux et Fortier, 2013, 2015 à paraître) dans le travail d’interprétation de l’interprète qui est la chercheure elle-même.

La question principale est : comment une démarche délibérée de stimulation de l’imaginaire peut-elle influencer l’appropriation d’une œuvre musicale ? Les données sont issues du journal de bord de la praticienne-chercheure et des autos explicitations (Vermersh, 2007), méthode qui permet d’observer et décrire le discours intérieur, les pensées, l’état corporel, sensoriel, et émotif du sujet issue du déroulement de l’action d’imagination. Cette étude se situe dans une démarche heuristique de type phénoménologique. L’interprétation et l’analyse des données se fait par la théorisation ancrée, la méthode de type qualitatif développée par Paillé (1994) en vue de schématiser des éléments fondamentaux faisant état du processus d’interprétation d’une œuvre musicale.


Vers une relation symbiotique dans la performance du
Sacre du printemps à quatre mains
Mehrshid Afrakhteh, pianiste et doctorante en études et pratiques des arts

Malgré la place importante qu’occupe le travail instrumental individuel des musiciens chambristes pour se préparer aux répétitions en ensemble, peu de connaissances théoriques existent à ce sujet. Certains chercheurs se sont intéressés à la capacité d’anticipation dans le jeu (Pecenka & Keller, 2011), à la synchronisation et la coordination entre les musiciens (Loehr & Palmer, 2011; Goebel & Palmer, 2009), au dynamisme interpersonnel des chambristes (Murnighan & Conlon, 1991), aux stratégies mises en place pour atteindre la cohérence musicale (Keller, 2008), aux défis techniques liés au jeu à quatre mains (Boey, 2004; Palmier & Rigal, 1993) et sur deux pianos (Palmier & Rigal, 1993; Tan, 2007; Ferguson, 1995). Plus spécifiquement, peu de recherches ont été effectuées pour s’informer des stratégies qu’emploient les pianistes duettistes dans leur travail instrumental individuel préparatoire aux répétitions en duo, selon le concept de déliberate practice (Ericsson, 1997).

Cette recherche vise à identifier les stratégies utilisées par un pianiste professionnel pour développer une représentation mentale du jeu de son partenaire lors des répétitions individuelles, dans le travail d’interprétation de la version pour piano à quatre mains du ballet Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky. La perspective de cette recherche est phénoménologique, l’objet est l’expérience de la praticienne, décrite en première personne.

Les méthodes utilisées pour la collecte de données sont : l’auto explicitation (Vermersch 2007) des répétitions individuelles et duo ainsi que le concert, le journal de bord et l’enregistrement audio des répétitions en duo. L’interprétation des données est faite par une analyse par théorisation ancrée (Paillé, 1994).

Les résultats de cette recherche font état du processus mis en place lors de la préparation d’une prestation publique de la pièce le Sacre du Printemps pour piano à quatre mains. Ils révèlent les stratégies employées et dans quelles mesures elles ont favorisé le travail instrumental du duo et la prestation publique.

Offre sujette à changement.